14.
Divination

 

Litha, 1996

 

Tôt ce matin, oncle Beck et moi, on est partis se promener près des falaises. On s’est assis au bord et on a regardé le soleil se lever ; mon premier lever de soleil de sorcier. Puis il m’a appris la vérité sur la disparition de mes parents. Toutes ces années, j’avais ravalé mes larmes, refusant de céder à un chagrin puéril.

Mais aujourd’hui je les ai laissées couler le long de mes joues, alors que je suis censé être un homme, maintenant. Oncle Beck avait eu de bonnes raisons de garder le silence : nos parents avaient choisi de disparaître afin de nous protéger, Linden, Alwyn et moi. Mon oncle n’a reçu de leurs nouvelles qu’une seule fois, il y a deux ans. Et il ne s’est jamais servi de la magye pour essayer de les localiser.

Et je sais pourquoi.

Je sais aussi ce que je dois faire et ce que je deviendrai. Mon nom – Hunter, le Chasseur – m’y prédisposait de toute façon. Je vais traquer ceux qui ont détruit ma famille et je ne trouverai le repos que lorsque j’aurai trempé mes doigts dans leur sang et tracé Yr sur leur visage.

 

Gìomanach

 

 

* * *

 

 

Je n’étais même pas à trois kilomètres de chez moi quand des phares sont apparus soudainement dans mon rétroviseur. Ils illuminaient l’habitacle de Das Boot et m’aveuglaient complètement. J’ai ralenti pour que la voiture me double ou du moins que le conducteur éteigne ses pleins phares. Au lieu de cela, le véhicule m’a collée au train.

J’ai vu rouge. Quel était cet imbécile ? Un abruti qui faisait mumuse avec la voiture de papa ? J’ai écrasé l’accélérateur, mais l’autre ne s’est pas laissé distancer. Quand j’ai pris le virage suivant un peu vite, mes pneus ont dérapé. L’inconnu ne me lâchait pas. J’ai commencé à me sentir nerveuse. Les essuie-glaces, qui chassaient la neige à mesure qu’elle se déposait sur le pare-brise, battaient sur le même tempo affolé que mon cœur. Nulle autre lumière ne brillait dans la nuit. Nous étions seuls sur la route.

Ce n’était vraiment pas normal. J’ai repensé à toutes ces histoires de braquage de voiture, en me demandant qui pourrait avoir envie de voler ma vieille Das Boot. Moi, je l’adorais, mais j’imaginais mal qu’on puisse vouloir me la prendre de force, surtout en pleine tempête de neige. Alors, que cherchait-il, ce taré ?

J’avais carrément la trouille, maintenant. Je ne voyais plus rien… à part ces maudits phares qui semblaient de plus en plus puissants. Je me suis soudain rendu compte que je n’entendais pas le moteur de l’autre voiture, comme si…

De la magye !

Cette idée s’est infiltrée sournoisement dans mon esprit.

Et s’il n’y avait personne derrière moi ? Et si ces lumières n’étaient que la manifestation d’une force magyque ? Soudain, j’ai revu Hunter couché sous la voiture de Cal et Cal me montrant la pierre portant la rune. Hunter avait déjà tenté une fois de se servir de sa magye contre nous… Et s’il m’avait jeté un sort ?

Je n’avais plus qu’une seule idée en tête, rentrer à la maison aussi vite que possible. Il ne me restait qu’un kilomètre à parcourir, mais, dans ces conditions, cela me paraissait le bout du monde. De ma main droite, j’ai tracé des runes sur mon tableau de bord : Eolh, pour la protection ; Ur, pour la force ; et Rad, pour le voyage…

Dans mon rétroviseur, les phares ont gagné en intensité. J’ai sursauté et, sans le vouloir, j’ai tourné le volant vers la droite. Aussitôt, un cahot a secoué Das Boot, qui a dérapé sur une plaque de verglas. J’étais sortie de la chaussée !

— Par la Déesse ! ai-je hurlé.

Tétanisée par la peur, je me suis cramponnée au volant, prête à encaisser le choc. J’ai été propulsée vers l’avant quand la voiture a percuté un tas de neige dans un bruit de tôle froissée qui m’a fendu le cœur. Un craquement a suivi – un phare avait éclaté. Puis, soudain, le silence. La voiture ne bougeait plus. Je suis restée immobile plusieurs secondes, comme paralysée. Mon souffle était haché, saccadé.

Tout va bien, me suis-je rassurée, je n’ai rien.

En levant la tête, j’ai aperçu au loin les feux arrière d’un véhicule. La preuve que c’était bien une autre voiture qui m’avait fait quitter la route.

J’ai coupé le moteur en soupirant. Malgré mes tremblements, je suis parvenue à ouvrir la portière et à m’extirper de mon siège. Das Boot avait le nez plongé dans le fossé. J’ai eu de la difficulté à me concentrer, pourtant, j’ai tout de même réussi à invoquer ma vision de mage pour essayer de lire la plaque d’immatriculation du chauffard. Je n’ai vu que des arbres et des oiseaux endormis.

La voiture avait disparu.

Appuyée contre la portière, le souffle court, j’ai serré les poings au fond de mes poches. Même si j’étais maintenant persuadée que ces phares n’avaient rien de magyque, la peur ne me quittait pas. Quelqu’un m’avait volontairement poussée dans le fossé. Ma gorge s’est serrée. J’étais sur le point d’éclater en sanglots. Que m’arrivait-il ? Comme je l’avais fait sur mon tableau de bord, j’ai tracé dans l’air Eolh, Ur et Rad. Ces petits gestes rapides m’ont aidée à me calmer un peu, du moins suffisamment pour que je réfléchisse à la situation.

En réalité, je n’avais pas vraiment le choix. Je devais rentrer chez moi à pied. N’ayant pas de téléphone portable, je ne pouvais appeler personne, et je n’avais aucune envie d’attendre toute seule dans le noir, au bord de cette voie déserte et gelée, qu’une autre voiture passe.

J’ai pris mon sac à dos avant de verrouiller la portière. J’allais me mettre en route quand j’ai aperçu des phares : quelqu’un approchait.

Mon soulagement a été de courte durée. Lorsque le véhicule s’est arrêté non loin de moi, j’ai cru reconnaître celui du chauffard, même si ses phares n’étaient pas aussi éblouissants. Et s’il était revenu pour finir le travail ?

Mon sang s’est figé dans mes veines. La plaque d’immatriculation… C’était Bree !

Elle a baissé sa vitre et m’a observée. Ses yeux soulignés de noir tranchaient sur sa peau blanche parfaite. On s’est regardées en silence pendant quelques secondes. J’espérais que ma terreur ne se lisait pas sur mon visage. Je voulais avoir l’air forte.

— Qu’est-ce qui s’est passé, Morgan ?

J’ai fait mine de lui répondre avant de me raviser. Une idée horrible venait de me traverser l’esprit : et si c’était Bree qui m’avait jetée dans le fossé ?

Après tout, il n’y avait personne d’autre sur la route. Elle avait pu faire demi-tour pour voir comment je m’en étais tirée. Bree pouvait-elle vraiment m’en vouloir à ce point ?

Rappelle-toi ce que tu as entendu dans les toilettes, a susurré une petite voix dans ma tête. Elle a donné une mèche de tes cheveux à une sorcière. Tu l’as déjà oublié ?

Elle me haïssait peut-être pour de bon. Ou alors c’était Sky qui l’avait manipulée. Mille pensées se sont pressées dans mon esprit : Bon sang, Bree, ne te laisse pas avoir ! – Je m’inquiète pour toi – Tu me manques – Tu te comportes comme une idiote – Je m’excuse – Il faut que je te parle – Tu ne sais pas ce qui m’arrive ? J’ai appris que j’avais été adoptée – Je suis une sorcière de sang – Une Woodbane – Je suis désolée pour Cal…

— Morgan ? a-t-elle insisté.

— J’ai glissé sur une plaque de verglas, ai-je répondu en lui montrant Das Boot dans le fossé, comme si elle ne l’avait pas vue.

— Tu n’as rien ? m’a-t-elle demandé sur un ton sec. Tu n’es pas blessée ?

— Non, ça va.

— Tu veux que je te ramène chez toi ?

J’ai fait non de la tête. Je ne pouvais pas prendre ce risque.

— Tu es sûre ?

— Oui, ça va aller, ai-je marmonné.

Sans un mot, elle a remonté sa vitre puis est repartie lentement, pour ne pas m’éclabousser.

Je suis rentrée à pied le cœur gros.

 

* * *

 

À mon retour, mes parents ont été aux petits soins avec moi, ce qui m’a réconfortée. Je leur ai expliqué que j’avais dérapé, ce qui n’était pas vraiment un mensonge, et j’ai gardé pour moi le rôle joué par l’autre voiture. Je ne voulais pas les inquiéter. Peu après, j’ai appelé un dépanneur pour qu’il remorque Das Boot dans la soirée jusqu’à la maison. Après ça, j’ai décidé de commander un téléphone portable pour Noël.

— Tu ne veux pas venir avec nous, tu es sûre ? m’a demandé ma mère quand j’ai eu repris des couleurs.

Mes parents avaient rendez-vous en ville avec Eileen et Paula. Ma mère avait prévu de leur montrer quelques maisons à vendre, après quoi ils iraient dîner au restaurant chinois. Quant à Mary K., elle était censée passer la soirée chez Jaycee, mais je me doutais qu’elle irait retrouver Bakker à un moment ou un autre.

— Allez-y sans moi. Je préfère attendre le dépanneur.

Ma mère m’a prise dans ses bras pour me déposer un baiser sur la joue.

— Je suis tellement soulagée que tu n’aies rien. Tu aurais pu te blesser…

Elle avait raison. Je m’en étais bien tirée. Si j’étais sortie de la route un peu plus loin, j’aurais pu basculer dans un ravin. J’ai imaginé Das Boot explosant au pied d’une falaise et ça m’a donné des frissons.

Après leur départ, j’ai réchauffé des raviolis que j’ai fait descendre avec un Coca. Puis le téléphone a sonné. C’était Cal.

Il avait profité d’une pause pour m’appeler. Entendre sa voix m’a fait un bien fou, car je n’étais pas complètement remise de mes émotions. Je lui ai raconté mon petit accident, tout en précisant que je n’avais rien.

— Pourquoi ne m’as-tu pas appelé tout de suite ?

— Je devais être sous le choc. Je me sens mieux maintenant. La seule à être amochée, c’est ma voiture. Et je savais que tu étais occupé.

Il est resté silencieux quelques secondes avant de répondre :

— La prochaine fois qu’il t’arrive quelque chose, préviens-moi tout de suite. D’accord ?

Sa réaction m’a fait rire. Venant de n’importe qui d’autre, j’aurais trouvé ça disproportionné.

— Je vais plutôt essayer de ne pas recommencer, ai-je lancé joyeusement.

— J’aimerais pouvoir venir te voir, a-t-il murmuré. Mais le cercle va bientôt débuter, je suis coincé là. Je suis désolé.

— Arrête de t’inquiéter. Je t’ai dit que j’allais bien.

J’ai hésité à lui parler des phares et de Bree, car je ne voulais plus y penser. C’était trop douloureux.

— OK. Bon, il faut que j’y aille. Ma mère commence les préparatifs.

— De toute façon, on se voit demain.

— Et demain, c’est la veille de ton anniversaire. J’ai plein de surprises pour toi.

J’ai ri doucement, en me demandant ce qu’il pouvait mijoter, et nous avons raccroché.

Comme il était reposant de me retrouver seule, sans être obligée de faire la conversation à qui que ce soit ! J’ai vu que le panier à bois près de la cheminée était plein de grosses bûches. Il ne m’a fallu que quelques minutes pour obtenir une belle flambée. Je suis allée chercher le livre de Maeve et me suis installée sur le canapé, devant le feu. Un jour, ma mère s’était essayée au crochet. Le résultat : un couvre-lit hideux aussi lourd qu’un âne mort. Je m’en suis enveloppée. Dagda a escaladé tant bien que mal le bras du canapé et bondi gaiement jusqu’à moi. Il s’est mis à me pétrir les cuisses avec ses petites griffes en ronronnant.

— Coucou, toi, ai-je murmuré en le grattant derrière les oreilles.

Il s’est allongé sur mes genoux, et je me suis plongée dans ma lecture.

 

Le 6 juillet 1977

 

Ce soir, je vais lire dans le feu. Je possède la clairvoyance et le pouvoir nécessaires. J’ai essayé une fois la divination dans l’eau, mais le résultat a été décevant Quand j’en ai informé Angus, il s’est moqué de moi et m’a dit que j’avais dû en renverser la moitié, tellement j’étais maladroite. Je sais bien qu’il ne faisait que me taquiner, pourtant je n’ai pas recommencé.

Le feu, lui, est différent. Il m’ouvre des portes dont je n’avais jamais soupçonné l’existence.

 

FEU.

 

Ce mot s’est imposé à mon esprit. Ma mère biologique avait raison. Le feu était différent. J’avais toujours aimé cet élément : sa chaleur, la danse envoûtante de ses flammes pourpre et or. J’adorais aussi les craquements qu’il émettait lorsqu’il dévorait le bois sec. On aurait cru entendre un rire, un rire à la fois fascinant et effrayant par son appétit insatiable et sa soif de destruction.

Mon regard a glissé jusqu’aux bûches embrasées. Doucement, j’ai changé de position pour ne pas déranger Dagda. Précaution inutile, il avait un sommeil de plomb. Sans quitter les flammes des yeux, j’ai posé ma tête sur le haut du canapé et j’ai mis le livre de côté. J’étais merveilleusement bien installée.

Et si j’essayais de lire dans le feu ?

Paupières closes, j’ai tenté de faire le vide, de chasser une à une les images qui me tourmentaient : Bree qui me contemplait alors que j’étais plantée dans la neige sur le bord de la route. Et Hunter. Son visage était comme incrusté dans mon esprit. Impossible de m’en débarrasser. Ma colère redoublait chaque fois que je pensais à lui. Je le revoyais encore et encore, découpé sur un ciel gris de plomb. Ses prunelles vertes semblaient refléter des champs irlandais, et son arrogance était presque palpable.

J’ai inspiré et expiré lentement. Peu à peu, mes muscles se sont décrispés et j’ai atteint un état de concentration absolue. Quelle sensation délicieuse ! Les détails de mon environnement me parvenaient nettement : les battements du petit cœur de Dagda, la joie sans bornes du feu qui consumait le bois.

J’ai ouvert les yeux.

Le feu était devenu miroir.

J’y ai vu mon reflet qui m’observait : tout y était, mes longs cheveux châtains et Dagda sur mes genoux.

Que veux-tu savoir ? m’a murmuré le feu dans un panache de fumée âcre. Sa voix était râpeuse et sifflante, à la fois séductrice et trompeuse.

Je ne comprends rien, lui ai-je répondu. Mon visage était serein, mais ma voix intérieure hurlait de frustration. Je ne comprends rien à rien.

Soudain, un paysage s’est dessiné dans les flammes : j’ai vu Cal, plus beau que jamais, marcher dans un champ de blé aussi doré que ses yeux. Puis il a écarté les bras dans un geste d’une grâce divine, comme pour me signifier qu’il m’offrait ce champ. Tout à coup, Hunter et Sky ont surgi derrière lui, main dans la main. Avec leur teint clair, leurs cheveux blonds, tous deux possédaient aussi leur propre beauté. À leur arrivée, j’ai senti qu’un grand danger se profilait à l’horizon. J’ai fermé les yeux, dans une piètre tentative pour repousser la menace.

Quand je les ai rouverts, je me suis vue en train de fouler le sol d’une forêt si épaisse que la lumière du jour peinait à s’y faufiler. Mes pieds nus ne faisaient aucun bruit sur le tapis de feuilles pourrissantes. J’ai aperçu deux silhouettes, cachées parmi les arbres. J’ai reconnu de nouveau Sky. Elle s’est retournée et m’a souri – ses cheveux blond platine dessinaient comme une auréole lumineuse autour de son visage. Puis elle a tourné la tête : Raven était là, toute de noire vêtue. Sky s’est approchée d’elle et, à ma grande surprise, elle l’a embrassée doucement sur les lèvres.

Ensuite, les images ont défilé dans une séquence incompréhensible. Robbie qui embrassait Bree… Mes parents me regardant partir, les joues sillonnées de larmes… Tante Eileen avec un bébé dans les bras.

Puis, comme si ce film-là était terminé et qu’un autre commençait, j’ai remarqué une petite maison blanche en bois, perchée sur une colline entre les arbres. Des rideaux voletaient derrière les fenêtres ouvertes. Sur le devant s’étendait un petit jardin bien tenu, parsemé de buissons de houx et de chrysanthèmes.

Sur le côté se tenait Maeve Riordan.

J’en suis restée bouche bée. Je me rappelais l’avoir déjà vue en rêve : j’étais encore un bébé, et elle me tenait dans ses bras. Elle m’a souri et m’a fait un signe de la main. Elle portait des habits démodés des années 1980. Derrière elle, je devinais un jardin de plantes aromatiques luxuriant. Elle a fait quelques pas vers la maison et s’est arrêtée sur l’étroite allée qui courait le long du mur. Elle s’est agenouillée et m’a montré du doigt une petite ouverture près du sol.

J’étais perplexe. Qu’est-ce que cela signifiait ? Soudain, une sonnerie de téléphone a retenti au loin. J’ai tenté de rester concentrée, mais la scène a disparu peu à peu et j’ai aperçu une dernière fois ma vraie mère, si jeune, si belle, me saluer de la main.

J’ai cligné les yeux, le souffle court.

Le téléphone sonnait toujours. Que se passait-il ? Il m’a fallu quelques secondes pour comprendre qu’il s’agissait de notre téléphone, et que le bruit strident ne venait pas de ma vision. Les images avaient toutes disparu. Je me retrouvais de nouveau seule dans la maison, et quelqu’un essayait de me joindre.

L'éveil
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